Texte par Antoine Portanguen Pour citer ce texte
Dans cette partie, vous êtes invité(e) à cheminer dans les différentes symboliques de la Boussole des possibles à l’aide d’un schéma interactif, dont chaque partie est accompagnée des mots de ses concepteurs. Nous vous invitons à le parcourir afin d’explorer le sens de l’objet-manifeste.
Schéma interactif
Survolez le schéma 3D pour naviguer dans la symbolique de la Boussole des possibles ou utilisez la liste ci-dessous.
Rose des vents et octogone
La rose des vents constitue le socle octogonal de la Boussole et figure l’élément terre. Elle représente les 8 vents opposés de la mondialisation.
Ronde des vents et cône
La ronde des vents figure l’élément air. Elle est située en hauteur sur un cône et est la projection aérienne de la rose des vents encrée au sol. Elle représente les 8 vents opposés de la mondialisation organisés par couples contraires.
Exclusion / Intégration
Le couple « Exclusion – Intégration » est l’une des deux paires de vents d’entre les vents.
Compétition – Coopération
Le couple « Compétition – Coopération » est l’une des deux paires de vents dominants.
Conservation – Innovation
Le couple « Conservation – Innovation » est l’une des deux paires de vents d’entre les vents.
Sécurité – Liberté
Le couple « Sécurité – Liberté » est l’une des deux paires de vents dominants.
La spirale des humanismes
La spirale des humanismes représente les quatre humanismes juridiques identifiés par Mireille Delmas-Marty. Érigée par le fil à plomb, elle prend la forme d’une spirale logarithmique fondée sur le nombre d'or, symbole de la permanence de l’être dans l’évolution.
Le petit souffle
Le petit souffle représente l’élan vital, le citoyen du monde. Symbolisé par un éclat de verre perché au bout de la spirale, il recueille la lumière du soleil, de la lune, des étoiles et figure l’élément feu
Le lieu de l’articulation
Le lieu de l’articulation est le nœud de l’objet manifeste. C’est un lieu où se rencontrent les huit vents opposés de la mondialisation et sa symbolique reste ouverte.
Le fil à plomb et le bassin
Le fil à plomb représente le droit, la justice et la gouvernance mondiale. Symbole de rectitude, il érige la spirale des humanismes et s’immerge dans le bassin octogonal qui figure l’élément eau et stabilise le droit sans l’immobiliser et pacifie nos sociétés sans les uniformiser.
Crédit :©Établissements Brun Frères
Zones interactives
Le choix de Mireille Delmas-Marty d’une « boussole » n’a rien d’anodin, car cette dernière a elle-même valeur de symbole. Comme l’a fait remarquer justement Jean-Michel Ghinsberg au cours d’un colloque à Cerisy 1, la boussole est « un instrument – au sens d'instrumentum, de ressource – indispensable à la navigation ». Filant la métaphore des éléments (nuages ordonnés, vents de la mondialisation), l’idée d’une boussole est apparue à Mireille Delmas-Marty comme l’instrument manquant à l’humanité pour sortir du « pot au noir », « cette zone au milieu des océans où les vents qui soufflent en sens contraires se neutralisent ou se combattent »2 avec grande violence, et dans laquelle elle se trouve emprisonnée d’une mondialisation sans gouvernance mondiale effective.

Mireille Delmas-Marty
Dans un monde pris dans ces tourbillons, entre paralysie et naufrage, où trouver la boussole qui permettrait d’en sortir ? Pour échapper au désordre, stabiliser l’instable et penser l’imprévisible, il ne suffit pas de placer l’humanité et ses valeurs au centre du monde, comme a tenté de le faire la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948.3
Il y a plusieurs images possibles, moi j'en ai lancé une nouvelle, enfin nouvelle, disons dans la façon dont je propose de l'utiliser, ça serait l'image de la boussole. Or la boussole ce n'est pas la balance, ce n'est pas le glaive, c'est une sorte de guide d'orientation, la justice pour s'orienter parmi les vents contraires.4
Cette boussole singulière – sans pôle magnétique – montre que l’effondrement n’est pas inéluctable et qu’il est encore possible d’orienter nos sociétés vers une gouvernance qui les stabilise sans les immobiliser et les pacifie sans les uniformiser.5
L’un des défis principaux qui s’est révélé au cours de l’élaboration de la Boussole des possibles fut la recherche de ses symboliques. Très rapidement est parvenue à Antonio Benincà l’idée que celles-ci ne pourraient être qu’universelles, puisqu’il s’agit bien là de la vocation de la Boussole :

Antonio Benincà
[…] chaque élément de l'objet qui allait se fabriquer s’appuierait sur une symbolique universelle. Je dis bien universelle car on trouve des représentations symboliques, je dirais « locales », très variables selon les régions du monde et ma crainte majeure étant de produire un « machin », je me devais de trouver des évocations symboliques universelles.
Cette symbolique universelle se devait d’intégrer un élément fondamental : la matière. Cette dernière, qui correspond à l’entreprise même du projet de Boussole des possibles, en ce qu’il s’agit bien de matérialiser une pensée, se voit ainsi décomposer en quatre éléments, tels que partagés avec quelques variations, par bon nombre de traditions philosophiques et spirituelles à travers la planète. Ainsi, nous retrouvons symbolisés : la terre (la rose des vents étant ancrée au sol et la Boussole pouvant être reliée aux forces telluriques), l’air (à travers les vents de la mondialisation), le feu (la Boussole étant dotée d’une antenne cosmique, le petit souffle, qui reçoit symboliquement le feu solaire) et enfin, l’eau, élément primordial et stabilisateur, contenue dans le bassin de la Boussole et qui permet d’immerger le fil à plomb.
Il est apparu très rapidement à Antonio Benincà que la Boussole des possibles ne pourrait être statique compte tenu de la nature dynamique de la pensée de Mireille Delmas-Marty. Est ainsi entrée en jeu la question du mouvement de la Boussole, ou plus exactement de son mouvement à trois échelles.
Le premier mouvement correspond à celui des figures symboliques représentant les vents contraires de la mondialisation qui s’agitent sur elles-mêmes. Il symbolise le mouvement individuels et désordonné de chacun des vents qui souhaite s’imposer égoïstement aux autres comme le maître des vents. Il figure la mondialisation en l’absence d’une gouvernance mondiale effective et harmonieuse.








Le deuxième mouvement est un mouvement général qui anime l’objet dans son ensemble. Il correspond notamment à la ronde des vents qui, en période de vents forts, est capable d’entraîner toutes les figures ensemble dans une même rotation.

Mais ce deuxième mouvement est aussi celui du petit souffle, de la spirale des humanismes, du lieu de l’articulation et enfin du fil à plomb dans le bassin. Il symbolise ainsi une gouvernance mondiale qui permet de stabiliser les vents sans les immobiliser et de pacifier les sociétés sans les uniformiser.


Enfin, le troisième mouvement est apparu bien plus tard dans l’élaboration de la Boussole, après la réalisation du prototype. Au cours d’un échange avec Mireille Delmas-Marty, Antonio Benincà a réalisé que l’enjeu de la version monumentale de la Boussole, était de construire un « anti-monument », autrement dit, que la Boussole, de par sa nature même, se devait se pouvoir voyager. Ainsi, la réalisation de la « grande Boussole » intègre ce troisième mouvement : celle-ci est pensée pour être démontée, transportée et réinstallée facilement, d’un endroit à un autre, devenant ainsi un « objet forain » capable de voyager en différents lieux afin d’être reçue, exposée et susciter des ateliers et des débats entre les générations et les cultures.
Vous pouvez retrouver l’intégralité du texte de présentation de la Boussole des possibles par Antonio Benincà grâce à ce lien publié exclusivement ici :
Film de François Stuck sur la Boussole des possibles
Une Boussole des possibles, le documentaire
Réalisé par François Stuck, IDÉtorial, 14 février 2022 Disponible aussi : espagnol, italien
Pour citer ce texte : Portanguen, Antoine. « La symbolique de la Boussole ». La Boussole des possibles, 2026. https://laboussoledespossibles.fr/une-boussole/la-symbolique-de-la-boussole/.
- « Le Nord est en nous », Intervention de Jean-Michel Ghinsberg et Antonio Benincà au cours du « Mireille Delmas-Marty - La Boussole des Possibles » qui s’est tenu au Château de Cerisy du 24 au 28 mai 2023.
- Voir l’article dédié à l’ouvrage Sortir du pot au noir – L’humanisme juridique comme boussole, Buchet Chastel, 2019
- Delmas-Marty, Mireille Sortir du pot au noir – L’humanisme juridique comme boussole, Buchet Chastel, 2019.
- Extrait de Mireille Delmas-Marty dans « Une Boussole des Possibles », film-documentaire réalisé par François Stuck, IDÉtorial, 14 février 2022.
- Delmas-Marty, Mireille. Une boussole des possibles, Éditions du Collège de France, 2020. https://www.college-de-france.fr/fr/editions/lecons-de-cloture/une-boussole-des-possibles-9782722605312.

