La notion de principes régulateurs a évoluée au cours de l’œuvre de Mireille Delmas-Marty. Ils apparaissent en 2016 avec Aux quatre vents du monde et évoluent au fil de plusieurs publications jusqu’à se stabiliser à partir de 2019 dans une version qui est ensuite confirmée en 2020 dans Une Boussole des possibles.
En 2016, les principes régulateurs sont au nombre de quatre et le principe associé au couple de vents Compétition – Coopération se nomme dans un premier temps « solidarité planétaire » :

Schéma “Figure 2. Ronde des vents.” (“Aux quatre vents du monde: petit guide de navigation sur l'océan de la mondialisation”, 2016, p. 93)

Mireille Delmas-Marty
Pour corriger les excès d’une mondialisation qui, au nom de la liberté d’entreprendre, tend à détruire la sécurité économique et financière, il faudrait équilibrer l’esprit de compétition et l’esprit de coopération en appliquant le devoir de solidarité […]
La compétition peut coexister avec la coopération comme l’avait suggéré la Déclaration de Philadelphie, réaffirmant en 1944 qu’une paix durable ne peut être établie que sur la base d’une justice sociale, autrement dit dans un esprit de solidarité.
Afin de parvenir à rééquilibrer Compétition et Coopération, Mireille Delmas-Marty insiste sur le nécessaire abandon de certains dogmes comme celui du marché ou encore de la souveraineté solitaire au profit de la notion de souveraineté solidaire, prenant l’exemple du dérèglement climatique :
Encore faudrait-il renoncer à ce que le pape François, dans sa lettre Encyclique Laudato si sur la sauvegarde de la maison commune, appelle « la fonction magique du marché » qui incite à penser que « les problèmes se résoudront tout seuls par l’accroissement des bénéfices des entreprises ou des individus ». Renoncer à la croyance dans l’autorégulation des marchés, c’est reconnaître dans la solidarité un principe permettant de combiner compétition et coopération.
[…] le dérèglement climatique pourrait appeler à mobiliser une nouvelle forme de solidarité, à l’échelle mondiale. Mais précisément, pour y parvenir il faudrait que l’esprit de solidarité mondiale soit suffisamment établi pour équilibrer l’esprit de compétition et celui de coopération. Il faudrait donc réussir à dépasser la schizophrénie des États qui affichent une volonté vertueuse de protéger l’environnement tout en pratiquant une politique économique inverse qui les incite à l’exploitation effrénée des ressources naturelles. Un véritable équilibrage impliquerait l’abandon de la souveraineté « solitaire » qui privilégie l’esprit de compétition au profit d’une souveraineté « solidaire », qui encourage la coopération en associant à la protection des intérêts nationaux celle des intérêts communs de l’humanité, à commencer par le climat.
En 2019, avec l’ouvrage Sortir du Pot au noir, les principes régulateurs restent au nombre de quatre, mais certains d’entre eux évoluent. C’est le cas du principe de solidarité planétaire qui est légèrement modifié et remplacé par le principe de solidarité entre vivants :
Le troisième principe, la solidarité entre vivants, humains et non humains, régulerait le couple compétition/coopération qui oppose le profit et la croissance à la protection de l’environnement.
C’est à travers un colloque avec Olivier Abel, puis en 2020 avec Une Boussole des possibles, que les principes régulateurs passent de quatre à huit. D’abord dénommés Solidarité planétaire et Solidarité écologique, les deux principes régulateurs du couple Compétition – Coopération découlant de l’humanisme des interdépendances prennent ensuite les noms de Solidarité sociale et Solidarité écologique (pouvant être regroupés sous l’expression commune de Solidarité planétaire qui désigne autant la solidarité entre les humains, entre les humains et les non-humains et la solidarité entre les vivants actuels et les générations futures) :
Elle accueille aussi l’humanisme des interdépendances, né des écosystèmes (solidarités sociale et écologique) […]
La paix sur Terre, c'est quelque chose d'important. Mais la paix avec la Terre, c'est quelque chose de plus large encore. Ce n'est pas seulement la paix entre les humains, c'est la paix entre les humains et le monde non humain.