Texte par Antoine Portanguen Pour citer ce texte

Ronde des vents et cône©Établissements Brun Frères
La ronde des vents figure l’élément air. Elle est située en hauteur sur un cône et est la projection aérienne de la rose des vents encrée au sol. Elle représente les 8 vents opposés de la mondialisation organisés par couples contraires.
La symbolique du cône et de la ronde
De rose des vents terrienne à ronde des vents aérienne
Antonio Benincà explique le cheminement qui l’a amené à représenter les huit vents opposés de la mondialisation à travers la projection de la rose des vents terrienne en une ronde des vents aérienne capable d’entrer en rotation :

Antonio Benincà
[…] Comment représenter le vent ? Il y a eu une exposition au Havre1 à ce sujet. Il est impossible de représenter le vent, mais seulement les effets qu’il produit. Il a donc fallu que les artistes se débrouillent pour rendre visibles ses effets. Si, sur une peinture, vous voyez des arbres penchés, on comprend tout de suite qu’il y a du vent, vous êtes d’accord ? Or, la rose des vents, minérale, est disposée au sol. Et, au sol, le vent se limite à pousser les feuilles. Donc, afin de représenter les vents contraires en action, il fallait s’élever.
Afin de s’élever un peu, j’ai pensé à faire une projection de la rose au sol vers le ciel. C’est ainsi que la rose des vents se transforme en ronde des vents. Et comme personne, à ma connaissance, ne maîtrise l’antigravité, il fallait bien quelque chose qui supporte la ronde en l’air.2

Mireille Delmas-Marty
[…] la « ronde des vents » permet de montrer comment la gouvernance mondiale, quels que soient les acteurs qui l’exercent, pourrait contribuer à équilibrer les tensions nées de la mondialisation. Un tel équilibre naîtrait, précisément comme dans une ronde, d’une dynamique toujours instable car elle est associée à l’énergie créée par les tensions elles-mêmes, un peu comme les temps alternés d’une respiration du monde. Si la respiration s’arrête, par exemple si la sécurité devient, comme il est parfois affirmé, « le premier des droits », ou si la compétition étouffe, comme on le voit souvent, l’esprit de coopération, alors la mondialisation sera vite asphyxiée. Autrement dit, entrer dans la ronde des vents est une tentative pour réguler les souffles d’une mondialisation que l’on voudrait à la fois légitime et efficace.3
La symbolique du triangle

Antonio Benincà
Tout d’abord, comment monter à une hauteur raisonnable ? Après plusieurs tentatives, plus ou moins sculpturales justement, je suis arrivé à quelque chose de très simple. En premier lieu, j’ai utilisé la symbolique du triangle : stabilité et élévation. Si vous mettez un triangle en rotation, cela engendre un cône. Donc, j’ai fait un cône sans enjolivure qui se pose sur la rose des vents. Ainsi, nous avons la terre puis nous montons dans l’air pour retrouver le vent, les vents. Au sommet du cône, la ronde des vents vient se poser et peut tourner sur elle-même à l’image de la pensée de Mireille qui était toujours en mouvement.4
Les huit vents opposés de la mondialisation
Outre le mouvement de rotation globale de la ronde des vents symbole de la pensée juridique dynamique de Mireille Delmas-Marty, Antonio Benincà souhaitait que les huit vents opposés puissent s’animer indépendamment les uns des autres à l’image de la mondialisation elle-même. Il s’adresse en ces termes à Mireille Delmas-Marty :

Antonio Benincà
À propos de la Rose tellurique qui devient Ronde des vents, je vous ai un soir demandé au téléphone quel aspect aurait une girouette vue de dessus. « Une ligne » avez-vous répondu. Cette judicieuse réponse m’amena à vous expliquer comment après moult visions infructueuses, j’avais trouvé la solution pour représenter les entités qui s’opposent par couples sur les branches de la Rose devenue Ronde aérienne. En effet, une girouette traditionnelle est composée d’un axe vertical, d’un « gouvernail » qui s’aligne sous le vent, et d’une flèche opposée indiquant la direction d’où il vient. Ne voyant pas l’intérêt d’avoir huit girouettes semblablement orientées, je les ai tout simplement imaginées en trois dimensions, de façon […] que chacune d’elles, réalisée selon une configuration qui lui est propre, devienne la représentation animée d’une entité. L’ensemble formant la Ronde. Voilà comment sont arrivées les « figures mouvantes dans le vent ».5

Mireille Delmas-Marty
Projetée vers le ciel, la rose terrienne devient ronde aérienne, une sorte de manège ou de grand bazar dans lequel les vents s’affrontent deux à deux (liberté/sécurité, coopération/compétition, etc.).6
À la recherche de symboliques universelles, Antonio Benincà est ainsi parvenu à représenter les huit vents de la mondialisation organisés en paires de couples de la façon suivante :

Antonio Benincà
Il me reste à vous parler des « formes mouvantes », opposées par couples (Liberté/Sécurité, Innovation/ Conservation…) sises à l’extrémité de chaque branche de la rose aérienne […] J’ai donc imaginé de leur donner corps sous forme de figures, la plupart animées, illustrant les vents agités du monde. Pour certaines d’entre elles, la représentation plastique fut délicate, en raison des ambivalences intrinsèques à leur interprétation. Je vais les énumérer en les accompagnant de quelques commentaires. – Exclusion : j’ai simplement pris l’image d’une ronde enfantine, dont deux enfants sont exclus. – Intégration : une nouvelle ronde avec tous les enfants. – Innovation : un point d’interrogation. – Conservation : deux mains en conque protégeant entre leur paumes un globe terrestre. – Compétition : deux poings prêts à en découdre. – Coopération : une poignée de mains. – Sécurité : un oiseau dans une cage, mais avec la porte ouverte. – Liberté : j’ai découvert avec stupéfaction qu’il n’existe à l’échelle mondiale aucune effigie, image, symbole, de la Liberté. Alors j’en ai imaginé une sous forme d’allusion. Les mots « J’écris ton nom » formés avec du métal, se liront dans le ciel, éventuellement tracés par le vol d’un oiseau. Les visiteurs n’ayant pas connaissance du poème de Paul Éluard demanderont autour d’eux.7
Pour approfondir la symbolique des huit vents de la mondialisation, nous vous invitons à cliquer sur chacun des couples de vents contraires à l’aide du schéma suivant :
Des principes pour réguler les vents contraires
Comme l’explique Mireille Delmas-Marty, la Boussole ne propose pas de choisir un vent plutôt qu’un autre, mais bien de rendre compatible ces vents d’apparence inconciliables :

Mireille Delmas-Marty
L’esprit peut souffler dans des sens apparemment contradictoires. Par exemple, on a actuellement en discussion, aussi bien pour lutter contre le terrorisme que pour lutter contre la pandémie, on a les vents contraires qui sont la liberté et la sécurité. Apparemment ce sont des contradictions insolubles, ce sont des vents inconciliables.
En réalité il faut bien les concilier parce qu’on n’a pas le choix d’une certaine manière.
La liberté sans sécurité, [cela] conduit au chaos. Mais la sécurité sans liberté [cela] conduit au totalitarisme.8
Ainsi, la Boussole des possibles est une boussole inhabituelle qui ne propose pas de fonctionner selon le traditionnel nord magnétique :
[Contrairement à l’échelle nationale,] à l’échelle mondiale, il n’y a pas cette histoire commune, il n’y a pas ces préférences communes […].
La boussole traditionnelle comprend un pôle magnétique qui est le pôle Nord et on choisit son cap, sa direction, on s’oriente, en fonction du pôle Nord. Or, à l’échelle de la mondialisation des sociétés humaines, on ne peut pas caractériser un pôle Nord parce que [cela] impliquerait de choisir entre les vents contraires, choisir la liberté ou choisir la sécurité en les opposant, choisir la compétition ou choisir la coopération, choisir l’innovation ou choisir la conservation, choisir l’exclusion ou choisir l’intégration. On a tous ces couples, ou ces paires, on pourrait dire les paires de vents opposées, les couples de vents contraires. Et donc, on ne peut pas avoir une boussole au sens habituel du terme qui nous indiquerait le pôle Nord.9
À défaut d’indiquer l’équivalent d’un pôle Nord, la rose des vents permet d’observer le grand désordre du monde.10
Afin de réconcilier les paires de vents opposées, Mireille Delmas-Marty a ainsi imaginé que la Boussole des possibles abrite un « centre magnétique » proposant des principes régulateurs provenant des quatre humanismes et les combinant pour participer à une « refondation anthropologique » :
Donc comment faire ? […] on a perdu le Nord et par quoi le remplacer ?
Ça ne peut pas être par un pôle que l’on privilégierait à la place des autres, parce que ce pôle privilégié il faudrait, en réalité, choisir une vision culturelle plutôt qu’une autre […]En revanche, on peut imaginer une boussole qui comporterait un centre magnétique, un centre magnétique où se rencontreraient les principes venus des différentes traditions de l’humanisme, les différents humanismes tels que les populations avec leur culture propre l’ont imaginé au fil du temps.11
[…] il y a peut-être quelque part un centre magnétique, un centre de gravité, où seraient quelques valeurs communes qui permettraient de penser ensemble ce que les poètes appellent la mondialité plutôt que la mondialisation. Si on a une boussole avec un centre magnétique contenant des valeurs communes, il y a plusieurs avenirs possibles. Boussole des possibles parce que, à condition d’intégrer les principes communs, il y a différents avenirs qui restent possibles et l’avenir reste ouvert à l’imprévisible. […]12
Il faut noter que le choix de ces principes régulateurs a évolué au cours de l’œuvre de Mireille Delmas-Marty. Ils apparaissent en 2016 avec Aux quatre vents du monde et évoluent au fil de plusieurs publications jusqu’à se stabiliser à partir de 2019 dans une version qui ensuite confirmée en 2020 dans Une Boussole des possibles . Par souci de concision, nous présenterons ci-dessous cette dernière version qui semble la plus aboutie mais vous pouvez aussi découvrir le cheminement complet de l’évolution de cette notion en cliquant sur.
D’après les quatre humanismes juridiques qu’elle identifie, Mireille Delmas-Marty déduit huit principes régulateurs qui en découlent :
[La spirale des humanismes] qui s’élève vers le ciel, [est le] symbole de la permanence de l’Être dans l’évolution, [et elle] réactive l’humanisme de la relation des sociétés traditionnelles (principes de fraternité et d’hospitalité), sans renoncer à celui de l’émancipation venu des Lumières (égalité et dignité). Elle accueille aussi l’humanisme des interdépendances, né des écosystèmes (solidarités sociale et écologique), et enfin l’humanisme de la non-détermination préservant le mystère de l’humain (responsabilité et créativité).
[…] En ce sens, l’octogone des huit principes humanistes stabiliserait les tourbillons de vents contraires, annonçant une boussole un peu inhabituelle.13
Ainsi la rose des vents devient régulée par les principes des humanismes de la façon suivante :

Principes régulateurs ©Mireille Delmas-Marty. Delmas-Marty, Mireille. Cycle « L’Europe inachevée ? », Compte-rendu de la troisième conférence « L’Europe, une boussole dans la mondialisation » avec Mireille Delmas-Marty et Olivier Abel, 19 juin 2019.
À son tour, l’énergie produite par ces tensions pourrait contribuer – là est le pari – à retrouver un équilibre. Par un mouvement circulaire qui ressemble à une sorte de « ronde des vents » cette énergie engendrerait des principes régulateurs afin de rendre compatibles des vents apparemment contraires. C’est ainsi que des rapprochements improbables deviennent néanmoins observables.14
La notion de principes régulateurs a évoluée au cours de l’œuvre de Mireille Delmas-Marty. Ils apparaissent en 2016 avec Aux quatre vents du monde et évoluent au fil de plusieurs publications jusqu’à se stabiliser à partir de 2019 dans une version qui ensuite confirmée en 2020 dans Une Boussole des possibles .
Voici le premier schéma de la Ronde des vents tel qu’il apparaît en 2016 dans Aux quatre vents du monde :

Schéma “Figure 2. Ronde des vents.” (“Aux quatre vents du monde: petit guide de navigation sur l'océan de la mondialisation”, 2016, p. 93)

Mireille Delmas-Marty
Pour y parvenir de façon à préserver l’Humanité dans ses contradictions, il faudrait que chaque couple de vents contraires s’ordonne autour d’un principe, à la fois directeur et correcteur, qui permette de remplacer le « ou » qui oppose par le « et » qui compose. Au confluent de l’observation des pratiques et d’une approche théorique, on voit ainsi émerger quatre principes qui pourraient contribuer à cette régulation des souffles de la mondialisation : réguler liberté et sécurité autour du principe de l’égale dignité de tous les êtres humains ; compétition et coopération autour du principe de solidarité planétaire ; innovation et conservation autour du principe dit de précaution-anticipation ; enfin exclusion et intégration autour d’un principe émergent que l’on propose de nommer le « pluralisme ordonné » (Mireille Delmas-Marty, 2006).21
En définitive, pour naviguer parmi des vents contraires, nous disposons de principes régulateurs relevant de deux logiques différentes. Les uns (principes de précaution-anticipation, principe du pluralisme ordonné) proposent une gradation pour concilier des contradictions telles que innovation/conservation, ou encore exclusion/intégration, par une sorte de rééquilibrage impliquant la pesée des intérêts. Les autres (principes de dignité humaine et de solidarité planétaire) permettent de dépasser des contradictions comme liberté/sécurité, ou compétition/coopération, en posant une limite commune. À ce titre, chacun de ces deux principes a vocation à se situer au centre de la rose des vents. En pratique, le choix sera sans doute différent selon que l’on privilégie un humanisme anthropocentré qui sépare l’homme de la nature pour le situer au centre du monde ou un humanisme d’interdépendance qui place l’homme dans l’écosystème dont il fait partie. C’est donc tantôt la dignité humaine (DH), tantôt la solidarité planétaire (SP) – et pourquoi pas cosmique ? – qui deviendra le principe régulateur central pouvant influencer l’ensemble des modes de régulation et déterminer le sens et le rythme de cette ronde des vents. Mais il ne suffit pas de disposer d’instruments conceptuels. Il reste à transformer l’énergie en action. Autrement dit, il reste à faire interagir les principaux acteurs de la mondialisation en les convoquant, sur le modèle de la COP 21, au Congrès des vents.22
Ces quatre principes évoluent en 2019 avec l’ouvrage Sortir du Pot au noir :
À condition de fonctionner en synergie, ces quatre principes (fraternité/hospitalité, dignité, solidarité et créativité) permettraient de réguler les vents contraires et d’engendrer une dynamique pacificatrice apte à réconcilier les inconciliables. Le respect de l’égale dignité de tous les êtres humains pourrait réconcilier le couple liberté/sécurité en limitant à la fois les excès d’un libéralisme absolu et les dérives du tout-sécuritaire ; tandis que l’hospitalité, comprise comme un ensemble de droits et de devoirs, pourrait rapprocher le couple exclusion/intégration, désuni par la colère contre les inégalités sociales et la peur fantasmée des migrations. Le troisième principe, la solidarité entre vivants, humains et non humains, régulerait le couple compétition/coopération qui oppose le profit et la croissance à la protection de l’environnement. Il resterait à stabiliser le couple innovation/conservation en consacrant la créativité comme quatrième principe constitutif de l’humanité, afin de sauvegarder l’indétermination humaine, source vive de nos humanités.23
Ainsi, dans cette version :
- Pour le couple Liberté / sécurité : le principe d’égale dignité reste le même (et il est l’un des deux principes régulateurs central évoqué en 2016) tel que figurant dans le cercle central du schéma ;
- Pour Compétition / coopération : le principe de solidarité planétaire reste presque le même et devient « solidarité entre vivants » (humains et non humains) ;
- Pour Innovation / conservation : le principe « précaution-anticipation » évolue et devient « créativité » ;
- Pour Exclusion / intégration : le principe du « pluralisme ordonné » évolue et devient « hospitalité »
La même année, une nouvelle version apparaît au cours d’un colloque avec Olivier Abel qui intègre huit principes au lieu de quatre :

Principes régulateurs ©Mireille Delmas-Marty. Delmas-Marty, Mireille. Cycle « L’Europe inachevée ? », Compte-rendu de la troisième conférence « L’Europe, une boussole dans la mondialisation » avec Mireille Delmas-Marty et Olivier Abel, 19 juin 2019.
Cette version est par la suite confirmée en 2020 à travers l’ouvrage Une Boussole des possibles :
[La spirale des humanismes] qui s’élève vers le ciel, [est le] symbole de la permanence de l’Être dans l’évolution, [et elle] réactive l’humanisme de la relation des sociétés traditionnelles (principes de fraternité et d’hospitalité), sans renoncer à celui de l’émancipation venu des Lumières (égalité et dignité). Elle accueille aussi l’humanisme des interdépendances, né des écosystèmes (solidarités sociale et écologique), et enfin l’humanisme de la non-détermination préservant le mystère de l’humain (responsabilité et créativité).24
Pour conclure, il est important de noter que l’évolution de ces principes régulateurs est significatif du travail toujours en mouvement de Mireille Delmas-Marty et ainsi précisait-elle que ces principes pouvaient être amenés à changer si l’on en trouvait d’autres et en fonction de l’évolution de la société, ce qui rejoint l’idée que la Boussole des possibles reste un objet ouvert aux propositions et qu’il pourrait donc évoluer.

Ainsi, pour sortir nos sociétés du Pot au noir dans lequel elles se trouvent, il est nécessaire de reconnaître leurs interdépendances :

Mireille Delmas-Marty
Traditionnellement, les peuples, unis par leur histoire et ses particularismes, avaient adopté des déclarations d’indépendance. Aujourd’hui, les habitants de la Terre, s’ils veulent s’unir dans leur désir d’avenir, doivent reconnaître leurs interdépendances afin de les transformer en un destin commun. Il ne s’agit pas d’aller vers un universalisme fusionnel improbable – et redoutable s’il devait être imposé par l’une des grandes puissances – mais vers la promotion d’objectifs communs.15
Enfin, la réussite de la mise en œuvre de ces principes régulateur dépend également d’une responsabilisation des acteurs globaux qui va avec une recomposition des pouvoirs selon ce que Mireille Delmas-Marty nomme la « gouvernance SVP » (savoirs/vouloirs/pouvoirs) :
Il reste, pour mettre en œuvre ces principes, à faire interagir les acteurs de la mondialisation comme autant de forces au travail. Déjà la 21e conférence des États parties à la Convention sur le changement climatique (COP 21, Paris, décembre 2015) donne une idée des interactions qui pourraient préfigurer le cadre juridique d’une future gouvernance mondiale. Loin de se réduire, comme on l’a parfois craint, à n’être « que du vent », la COP 21 a montré comment l’énergie peut devenir action. Le principe des « responsabilités communes mais différenciées » devrait responsabiliser les acteurs publics en organisant des interactions verticales, entre le niveau local des États ou des villes et le niveau planétaire des organisations internationales. Encore faut-il mettre en œuvre une coresponsabilité entre ces forces politiques et les forces économiques des entreprises transnationales ; sans oublier la pression des forces scientifiques (chercheurs et experts) et civiques (organisations non gouvernementales et citoyens).16
Mais pour être véritablement efficaces, les principes régulateurs doivent devenir opposables aux acteurs les plus puissants et justiciables devant une autorité (nationale ou internationale) compétente. Il faut donc responsabiliser les acteurs.17
Renforcées par les nouvelles technologies, ces interactions renouvellent peut-être la gouvernance mondiale en substituant à la trilogie traditionnelle, dite de la séparation des pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire), une trilogie nouvelle « vouloir, savoir et pouvoir » qui annonce une recomposition des pouvoirs.18
Cette recomposition a été amorcée pour le climat à partir de la société civile : les interactions horizontales et sans hiérarchie entre le « vouloir » des acteurs civiques (ONG et syndicats, collectivités territoriales, communautés religieuses, lanceurs d’alerte) et le « savoir » des acteurs scientifiques (chercheurs et experts en climatologie), ainsi que le « savoir du vécu », celui notamment des populations autochtones et plus largement des populations les plus pauvres, ont en effet permis une prise de conscience suffisamment puissante, et pressante, pour mettre en place les instruments juridiques d’une future justice climatique.19
C’est au croisement des savoirs et des vouloirs que la responsabilité des acteurs exerçant des « pouvoirs » à l’échelle globale (acteurs politiques, les États, et économiques, les entreprises transnationales) peut être engagée.20
Pour citer ce texte : Portanguen, Antoine. « La symbolique de la Boussole. Ronde des vents et cône ». La Boussole des possibles, 2026. https://laboussoledespossibles.fr/une-boussole/la-symbolique-de-la-boussole/ronde-des-vents-et-cone/.
- « Le vent. “Cela qui ne peut être peint” » exposition au Musée d’art moderne André Malraux du Havre, qui s’est tenue du 25 juin au 2 octobre 2022. https://www.muma-lehavre.fr/fr/expositions/le-vent-cela-qui-ne-peut-etre-peint
- Texte de référence d’Antonio Benincà en exclusivité sur le site Laboussoledespossibles.fr, source
- Delmas-Marty, Aux quatre vents du monde : petit guide de navigation sur l’océan de la mondialisation, 2016, p. 71.
- Texte de référence d’Antonio Benincà en exclusivité sur le site Laboussoledespossibles.fr, source
- Benincà, Antonio. Troisième lettre à Madame la Jurispoète, écrite à Marcilleux, France, le 26 décembre 2018, source
- Delmas-Marty, Mireille. Une boussole des possibles, Éditions du Collège de France, 2020. https://www.college-de-france.fr/fr/editions/lecons-de-cloture/une-boussole-des-possibles-9782722605312.
- Benincà, Antonio. Quatrième lettre à Madame la Jurispoète, écrite à Marcilleux, France, le 26 décembre 2018, source
- Extrait de Mireille Delmas-Marty dans « Une Boussole des Possibles », film-documentaire réalisé par François Stuck, IDÉtorial, 14 février 2022.
- Extrait de Mireille Delmas-Marty dans « Une Boussole des Possibles », film-documentaire réalisé par François Stuck, IDÉtorial, 14 février 2022.
- Delmas-Marty, Mireille. Sortir du pot au noir: l’humanisme juridique comme boussole. Buchet-Chastel, 2019.
- Extrait de Mireille Delmas-Marty dans « Une Boussole des Possibles », film-documentaire réalisé par François Stuck, IDÉtorial, 14 février 2022.
- Extrait de Mireille Delmas-Marty dans « Une Boussole des Possibles », film-documentaire réalisé par François Stuck, IDÉtorial, 14 février 2022.
- Delmas-Marty, Mireille. Cycle « L’Europe inachevée ? », Compte-rendu de la troisième conférence « L’Europe, une boussole dans la mondialisation » avec Mireille Delmas-Marty et Olivier Abel, 19 juin 2019.
- Delmas-Marty, Aux quatre vents du monde : petit guide de navigation sur l’océan de la mondialisation, 2016, p. 19.
- Delmas-Marty, Aux quatre vents du monde : petit guide de navigation sur l’océan de la mondialisation, 2016, p. 116.
- Delmas-Marty, Aux quatre vents du monde : petit guide de navigation sur l’océan de la mondialisation, 2016, p. 20.
- Delmas-Marty, Aux quatre vents du monde : petit guide de navigation sur l’océan de la mondialisation, 2016, p. 119.
- Delmas-Marty, Aux quatre vents du monde : petit guide de navigation sur l’océan de la mondialisation, 2016, p. 119.
- Delmas-Marty, Aux quatre vents du monde : petit guide de navigation sur l’océan de la mondialisation, 2016, p. 120.
- Delmas-Marty, Aux quatre vents du monde : petit guide de navigation sur l’océan de la mondialisation, 2016, p. 120.
- Delmas-Marty, Aux quatre vents du monde : petit guide de navigation sur l'océan de la mondialisation, 2016, p. 72.
- Delmas-Marty, Aux quatre vents du monde : petit guide de navigation sur l'océan de la mondialisation, 2016, p. 92.
- Delmas-Marty, Mireille. Sortir du pot au noir: l’humanisme juridique comme boussole. Buchet-Chastel, 2019.
- Delmas-Marty, Mireille. Une boussole des possibles, Éditions du Collège de France, 2020. https://www.college-de-france.fr/fr/editions/lecons-de-cloture/une-boussole-des-possibles-9782722605312.